Les chevaux ne nous doivent rien du tout !

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion d’assister à un cours de dressage donné par un prof que je ne connaissais jusque là que de réputation. Et quelque chose m’a agacé dans cette leçon, c’est que la plupart des remarques commençaient par « ton cheval doit… »

« Ton cheval doit céder à ta main »

« Ton cheval doit s’incurver »

« Ton cheval doit arrêter d’être aussi nerveux dans le travail »

« Ton cheval doit… »

Alors qu’on se dise bien une chose, c’est que les chevaux ne nous doivent rien du tout. Ils sont des chevaux, ils n’ont pas à être reconnaissants ou redevables de quoi que ce soit envers nous. Alors, oui, je sais, ils nous coûtent chaque mois un bras et une demi-jambe. Sans eux, on seraient riches comme Crésus et on aurait tout le temps du monde pour profiter de tout cet argent qu’on économiserait. Sans eux, on ne serait pas obligé de se les geler par une froide et pluvieuse matinée de janvier à ramasser du crottin. Sans eux, on pourrait mettre les voiles à l’improviste n’importe quel week-end sans devoir prévenir une flopée de baby-sitters improvisées. Sans eux,…

Quel bande d’ingrats ! Franchement, Cadichon pour tout ce que je fais pour lui, il pourrait faire un effort et arrêter de secouer sa tête en signe de protestation à chaque fois que je m’accroche dans sa bouche parce que j’ai perdu l’équilibre.

Oui, mais si on regardait les choses de leur point de vue un instant ? Qu’est ce qu’on leur offre, nous ? Une vie de séquestration. Oui, oui, même pour les chevaux en pré ! Un cheval au naturel n’est pas territorial, il ne va donc pas se limiter à quelques hectares qu’il parcourra inlassablement tous les jours. Une vie où tout est décidé à leur place. On décide de leur lieu de vie, de qui seront leurs compagnons (si ils en auront), de ce qu’ils mangeront et quand, de s’ils auront le droit de se reproduire et si oui, comment et avec qui. Les juments, on décidera à leur place de la durée de l’allaitement de leur poulain. On fera travailler les chevaux, en les faisant tourner sans fin dans un espace restreint (et sans profondeur de champ visuel pour ceux qui travaillent majoritairement en manège fermé, alors que les chevaux sont des animaux de proie et aiment avoir un champ de vision dégagé pour guetter), et ainsi de suite…

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Un terrain limité, un troupeau imposé…

Alors, oui sûrement que ce Monsieur, si je lui faisais part des mes réflexions, dirait que dire « ton cheval doit… » est juste une manière de parler, que bien sûr c’est le cavalier qui est responsable du bon déroulement de la séance et que le cheval ne fait que ce qu’on lui demande/permet de faire.

Peut-être, peut-être… Il n’empêche, je trouve ça insidieux de parler de cette façon. Ça déresponsabilise le cavalier, culpabilise le cheval. Je traîne beaucoup en concours et je vois trop souvent des gamines hystériques sortir de piste en punissant allègrement et de manière tout à fait injustifiée leur pauvre poney. Peut-être que si, dès leurs premières leçons, on leur disait qu’elles sont responsables de tout, du bon mais aussi et surtout du mauvais, ça limiterait les dégâts.

Concernant les défenses en bouche en particulier et les gens qui accusent leurs chevaux de ne pas vouloir rester en main, j’ai une image qui en général percute bien. Quand un cheval se défend en bouche, en fait il dit à son cavalier d’aller bien bien se faire foutre. Si on veut développer un partenariat solide avec quelqu’un, on a pas trop envie d’être tellement un gros tocard qu’il ait besoin de nous dire d’aller nous faire voir toutes les 15 secondes…

Bon après c’est quitte ou double, il y a des gens à qui ça aide à réaliser. Il y en a d’autres qui se voient juste traités de gros tocard et qui le prennent mal. Mais c’est pas moi qui le dis, c’est leur cheval.

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Une réflexion sur “Les chevaux ne nous doivent rien du tout !

  1. MERCI!!!!
    Je partage tellement ton regard. J’ai « sauvé » un poulain que son propriétaire voulait abattre cet été. On m’a dit « tu n’en feras jamais rien, il est sauvage, il ne voit jamais l’homme »….. m’en fichais, je ne voulais rien « en faire ». C’est juste un magnifique cheval et je ne supporte pas bien la violence de l’ancien propriétaire.
    Cinq mois plus tard, ce cheval se promène avec moi. Je lui ai passé un licol (sans force, sans problème), il reconnait ma voix et quelques mots, hier je l’ai emmené en promenade (il est trop jeune, je ne monte pas), je lui ai mis une sangle pour accrocher l’eau. Il était tout content 🙂 Il ne me doit rien du tout.
    Je n’ai absolument rien fait pour le licol, pour la sangle : je lui ai montré, je lui ai parlé, il s’est laissé faire. Il me donne les pieds…….pis il me fait des câlins.
    C’est un cheval sans papier, sa mère était demi-lourd et son père superbe, les deux sont morts, il s’est sevré comme il a pu. C’est dégueulasse de traiter un être vivant comme ça. C’est marrant, j’ouvre très souvent le pré, il peut aller où il veut, mais il reste là, il m’attend. Il me suit. Il n’est absolument pas question de dressage.
    Éducation serait plus le mot. Un peu comme mes chats font leurs besoins dans une caisse (ou dehors) et mon chien pendant la promenade. C’est comme les enfants (tu dresses des enfants toi?)

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