La gadgétisation de l’équitation, on en parle ? (1/2)

Tout et n’importe quoi, tant que vous dépensez…

Le monde du cheval est un secteur économique à part entière, avec ses producteurs, ses consommateurs et ses marchés. Parmi ces marchés, celui du matériel équestre est lucratif mais aussi ultra-concurrentiel.  Du coup, pour se différencier des concurrents, les marques sont obligées de proposer sans cesse de nouveaux produits. Si je salue certaines innovations technologiques – notamment quand il s’agit d’améliorer l’ergonomie du matos pour plus de confort pour les chevaux – il faut aussi bien avouer que certains produits à la mode sont juste de grosses arnaques appuyées par un marketing savamment réfléchi pour donner l’illusion au client que son équitation s’en trouvera améliorée après l’achat du-dit produit.

Petit tour d’horizon de ce qui se fait en matos équestre et qui me fait tiquer:

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Les mors

Haaa,… les mors, il y en a pour tous les goûts. Des formes, des tailles, des effets, des matières. Tellement de variétés, il y en aura bien un qui pourra régler votre problème. Il en sort tout un tas de nouveaux modèles chaque année en plus. Un cheval qui ne s’arrête pas ? Il existe un mors pour ça. Un cheval qui a un mauvais équilibre ? Il existe un mors pour ça. Un cheval qui ne se décontracte pas ? Il existe aussi un mors pour ça.

Et un cheval qui a tous ces problèmes à la fois ? Ne vous tracassez pas, on va bien inventer quelque chose pour vous faire dépenser votre argent. En plus on vous permettra d’avoir la conscience tranquille en lui donnant des pouvoirs magiques.

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Comme ce magnifique mors, qui en plus d’être multicolore et empêche le cheval de passer sa langue au dessus, aurait la faculté d’apaiser les douleurs, d’avoir une action anti-inflammatoire, de supporter le système immunitaire, d’augmenter l’énergie, de diminuer l’acide lactique et de réduire le stress et l’anxiété. La panacée quoi !

 Sinon, il y a des mors dignes d’instrument de torture de l’inquisition, mais qui portent un joli nom plein d’ondes positives, alors ça va. Comme ce truc de la marque Happy mouth:

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Pour les anglophobes, Happy Mouth = bouche heureuse

Les muserolles

Globalement, dans les muserolles, tous les nouveaux modèles rivalisent d’ingéniosité pour encore mieux fermer la bouche du cheval. Les concepteurs semblent avoir oublié la règle des deux doigts glissés sous la muserolle (qui est à mon sens le strict minimum en terme de réglage).

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Pour mieux rabattre le caquet de votre cheval, faites votre choix.

Qui plus est, je pense que beaucoup de cavaliers ne savent pas pourquoi on doit attacher la muserolle assez lâche, parce que le concept de cession de mâchoire n’est pas assez enseigné. Le but ici n’est pas d’en détailler tout le fonctionnement, mais pour faire court, disons que le cheval – pour être décontracté – doit pouvoir « goûter son mors », c’est-à-dire le mâcher, le faire bouger dans sa bouge et pouvoir déglutir. Chose qui n’est pas possible avec des mâchoires verrouillées par une muserolle serrée comme un étau.

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Ici, Pica sans muserolle, capable de mobiliser sa mâchoire à l’envi.

Et cette ignorance des rôles de la muserolle et du mors donne parfois lieu à des situations absurdes du style mors avec jouet central « pour la décontraction » combiné à une double muserolle serrée à bloc.

Enrênements

Comment ça, vous avez déjà changé de mors dix-sept fois, mais votre cheval s’obstine à ne pas vouloir baisser le nez ? Même que parfois, il vous embarque le goujat ? Ne vous tracassez pas, il existe tout une gamme d’enrênements qui vont vous donner l’illusion d’être un super cavalier avec un cheval qui reste toujours en main (sans blague). Surtout, n’oubliez pas d’ajuster l’enrênement dès la sortie de l’écurie pour ne jamais jamais laisser le cheval étirer sa colonne (oui oui, celle sur laquelle vous êtes assis).

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Combo bride-muserolle mexicaine-martingale-rênes allemandes!

Si seulement quand un cheval tire, passe systématiquement sa langue au dessus du mors ou jette sa tête en l’air, les cavaliers pouvaient se demander ce qui provoque ces comportements chez leur monture plutôt que d’essayer de le supprimer avec un outil de plus… Mais bon se remettre en question, admettre qu’on fait des conneries puis les corriger c’est long et difficile,… Et ça blesse l’amour-propre aussi !

Après tant de joyeusetés, je vais m’arrêter là. A coté de tous ces ingénieux outils de coercition, il y a aussi le phénomène de la sur-protection des chevaux , mais ça, ça fera l’objet d’un prochain article 🙂

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Une réflexion sur “La gadgétisation de l’équitation, on en parle ? (1/2)

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