Pratique équestre et réflexion

On dit que pour atteindre l’excellence dans un domaine, il faut s’exercer 10.000 heures. Cependant, atteint-on réellement ce niveau en étant « bêtement » tout ce temps en contact avec des chevaux ? Je fais partie de ceux qui sont profondément convaincu que la pratique de l’équitation doit s’accompagner d’une sérieuse dose de réflexion pour devenir intelligente, bienveillante et pertinente.

« La théorie sans la pratique est inutile, la pratique sans la théorie est aveugle. » Emmanuel Kant

La pratique sans la réflexion

« Écoute, ça fait ** (insérer ici un multiple de 10) ans que je monte à cheval et on a toujours fait comme ça ! » Généralement fièrement éructé par quelqu’un dont la façon de faire vous fait grincer des dents…

Vous le sentez venir le paradoxe? Que valent des années d’expérience si la pratique n’a pas pu en profiter pour évoluer, pour se nuancer, pour devenir plus juste et plus subtile ?

Parce que le cheval est un être complexe et sensible, j’estime que tout cavalier devrait avoir certaines notions concernant son comportement, son mode de vie, ses besoins primaires, son anatomie,… Toutes ces connaissances permettent d’avoir une compréhension plus globale de notre partenaire et d’agir de manière plus respectueuses de son intégrité physique et mentale.

Évidemment quand tout va bien, que tout se passe pour le mieux, la réflexion nous paraît fastidieuse, les connaissances théoriques superflues. Mais pourtant, elles peuvent être utiles quand il y a une couille dans le potage. Sans un minimum de connaissances et de réflexion, la pratique équestre est idiote, et la brutalité n’est jamais loin. La résolution de conflits se fait à la « ça passe ou ça casse », le cheval se soumet aux contraintes ou on l’y soumettra par la coercition.

bibliothèque cheval.jpg

Une biblio-poney pour ranger tous nos livres ?

Mais alors, peut-on apprendre à monter à cheval dans les livres ? Bien sûr que non ! A ce propos le général Lotte disait que « l’art ne s’apprend pas dans les livres, qui n’instruisent que ceux qui savent déjà. » Ce qui m’amène à la deuxième partie de mon article :

La réflexion sans la pratique

S’il est utile d’insister sur le fait que la pratique doit s’accompagner d’une certaine quantité de réflexion, l’inverse paraît évident. Et pourtant, je le mentionne néanmoins dans cet article.

Le tact en équitation, ça ne s’apprend pas dans les livres !

La réflexion a ses limites. Prenons l’exemple de l’assiette du cavalier. Lire des bouquins entiers sur le sujet ne va pas beaucoup vous aider. Ça vous donnera peut-être des bonnes idées d’exercices pour construire votre séance mais à un moment donné il faudra bien se résoudre à aller seller un cheval pour se faire une bonne séance de tape-cul.

Même chose pour améliorer toutes les compétences « douces » : intuition, feeling, timing,… Il faudra s’exercer encore et encore pour affiner toujours un peu plus ses sensations. Je me souviens avoir eu un cours avec un vieux horseman, véritable magicien avec les chevaux dits « difficiles ». Impressionnée par la justesse extrême de ses actions et de son timing, je lui avais demandé comment améliorer ça en moi. Il m’avait répondu très laconiquement « Bah, faut t’exercer hein ! »

Aujourd’hui, grâce à internet, les informations sur le cheval et l’équitation sont bien plus nombreuses qu’auparavant. Il y en a pour tous les goûts et toutes les affinités. Les courants se multiplient, les informations circulent plus vite et plus loin, les traditions sont bousculées. Ce qui est bien avec internet, c’est que tout le monde à le droit de s’exprimer, ce qui est moins bien avec internet, c’est que tout le monde à le droit de s’exprimer également. A ce titre, je me méfie des groupes Facebook de réflexions équestres. En observant un peu, on se rend parfois compte qu’une opinion à première vue majoritaire n’est en fait soutenue que par une minorité de personnes mais très active sur la page, réagissant à tous les sujets en assénant leur opinion orientée comme des vérités indiscutables.

bibliothèque poney

Ou bien un poney-bibliothèque pour emmener nos livres partout?

Mais c’est là le propre de toute réflexion : faire preuve d’esprit critique, analyser, comparer, ne pas prendre pour parole d’évangile tout ce qu’on entend.

Au final, que faut-il faire ?

Nourrir notre réflexion de nos expériences, améliorer notre pratique grâce à nos réflexions

C’est un incessant va-et-vient entre les deux. Mon article « Éducation du cheval : lui pose-t-on les bonnes questions ? » en est un bon exemple. J’ai commencé par simplement appliquer une technique que je connaissais. J’ai obtenu des résultats, mais je me suis demandée s’ils correspondaient à ce que j’attendais. En réalisant que non, j’ai cherché ce qui était différent, quelle pouvait en être l’explication, ce que je pouvais modifier dans ma méthodologie… Pour une question de clarté, dans l’article j’avais juste décrit la première méthode, puis celle que j’ai utilisé par après. Mais en réalité, entre les deux il y a eu quelques tâtonnements, des essais non concluants, des doutes,…

Cette expérience n’aurait pas été aussi enrichissante si je n’avais pas fait quelques recherches et introspection en parallèle pour m’améliorer. D’un autre coté, cette réflexion seule, sans l’éprouver en situation réelle pour en tester l’efficacité, ne m’aurait pas autant marquée.

Il ne vous reste donc plus qu’à aller pratiquer 10.000 heures (moins celles que vous avez déjà au compteur) pour atteindre l’excellence. Rien ne dit cependant, si les heures consacrées à la réflexion sont comptabilisées dedans ou non…

 

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